Ma sœur et moi étions assis au premier rang au Bimhuis à Amsterdam, sur des confortables sièges rouges, à-peu-près au milieu, entourés de vieux rockeurs : la génération de Paco Peña.
Yerai a d’abord joué quelques morceaux tout seul, un fandangos et une solea. Ensuite, le jeune demi-dieu à la mode a été accompagné par deux fières Espagnoles qui applaudissaient (palmas) et tapaient des pieds (zapateo).
Son jeu n’était pas aussi virtuose que celui de Vincento Amigo. Pas aussi expérimental et surtout excellent que Paco de Lucía (malheureusement, je ne l’ai jamais vu en concert). Pas aussi rythmé que Paco Cepero, ni aussi entraînant que Moraíto Chico. Et pas aussi bon que Tomatito, ce vieux brigand aux cheveux ébouriffés (et O il est magnifique !).
Ne vous méprenez pas. C’était magnifique ! Vraiment ! Le jeune homme maîtrise parfaitement le flamenco, il peut jouer des arpeggios à toute vitesse et il exécute les alzapuas les plus difficiles les yeux fermés.
Ou plutôt : il regarde. Mais pas dans notre direction.
Ou non … il regarde, mais ne nous voit pas.
Il voit la musique qui va venir.
Non, Yerai est différent, il a son propre style.
Vous savez quoi ? Ce que ce garçon fait si bien, c’est jouer avec (le) silence. Yerai joue avec les vides, il prolonge le silence. Il laisse les notes s’attarder, presque s’évanouir. … ….
Et ainsi, il joue avec nous.
- Pourquoi les journalistes musicaux ne le disent-ils pas ? Ne l’entendent-ils pas ? Écrivent-ils n’importe quoi ? Ne connaissent-ils pas vraiment cette musique ?
Par hasard (et j’en suis ravi !), je suis tombé l’année dernière sur ces deux vidéos sur YouTube : un jaleos et un seguiriyas. Écoutez bien et gardez un œil sur ce garçon !
* Et n’oubliez surtout pas d’écouter un autre maestro : El Perla !
** Ou jetez un œil au meilleur guitariste de flamenco des Pays-Bas (croyez-moi, ce n’est pas le plus connu, mais c’est le meilleur) : Adrian Elissen. Olé ! ↩︎
Écoutez bien :